L’accord initial est positif pour BNP Paribas…
Début octobre 2008, BNP Paribas annonçait la reprise de 75% de Fortis Banque Belgium, 67% de Fortis Banque Lux et 100% de Fortis Insurance Belgium. Le montant de l’acquisition s’élevait à €14.7bn dont €5.7bn en cash et €9bn en titres (133m de titres à €68). Cette opération se décomposait en deux étapes : dans un premier temps la Belgique a racheté les 51% qu’elle ne détenait pas dans Fortis Banque pour €4.7bn puis devait céder 75% du nouvel ensemble à BNP Paribas.
Au même titre que JPMorgan, la banque française faisait partie du groupe très restreint des institutions financières profitant de la crise pour acquérir des actifs à des prix attractifs. Cette opération présentait un double avantage pour BNP : 1/ une base de dépôt élargie : le périmètre de l’acquisition comprenait notamment près de 1,500 agences en Belgique, au Luxembourg, et dans d’autres pays (incluant la Pologne, la Turquie et la France), l’activité d’assurance de Fortis en Belgique, la gestion d’actifs, la banque privée en dehors des Pays-Bas ; 2/ une contribution positive de l’acquisition sur son ratio tier 1 (voir la définition sur Vernimmen) : il devait s’améliorer d’environ 35 bps. La banque française semblait pouvoir sortir renforcée de la crise mais c’était sans compter sur la pression des actionnaires de Fortis et l’imbroglio politique qui s’en suivi en Belgique.
…mais la justice belge a gelé la transaction
Suite à cet accord, de nombreux actionnaires ont souhaité saisir la justice car ils estimaient être lésés et n’ont pas été consultés pour avaliser ou non cette opération. Le principal point de désaccord touche les actifs belges cédés à BNP. Le tribunal de commerce fut saisi afin que l’opération concernant la cession de Fortis Banque et de Fortis Insurance Belgium à BNP soit suspendue et par la même occasion qu’une assemblée générale soit tenue. Cette initiative des actionnaires a été rejetée en première instance mais le 12 décembre dernier, la cour d’appel de Bruxelles a tout bonnement gelé la transaction. Outre la suspension de l’opération, la cour a exigé la tenue d’une AG dont l’objet sera de se prononcer sur les ventes d’actifs et ses conditions.
Cette décision fut un désaveu pour le gouvernement belge qui implosera quelques jours plus tard en raison de pressions exercées sur la justice. Yves Leterme, Premier Ministre à l’époque des faits démissionna et fut remplacé par Herman Van Rompui.
Un nouvel accord pour rien ?
Afin d’éviter un vote négatif lors de l’AG du 11 février, BNP a annoncé un nouvel accord. La banque française prendra une participation minoritaire de 10% dans les activités d’assurance au lieu de 100% initialement. Le prix de la transaction est de €550m. En revanche, BNP conserve le projet de prise de contrôle à 75% de Fortis Banque Belgium. Cette opération réduit également la part que conservera la holding Fortis (il s’agit de l’entité cotée en Bourse) dans un portefeuille réunissant les actifs les plus risqués, et que BNP avait refusé de reprendre intégralement. L’impact sur le ratio tier 1 sera neutre mais le groupe estime que l’opération sera « relutive » à partir de 2010.
Pour autant, de nombreux actionnaires se sont élevés contre ce nouvel accord et ont décidé de voter non lors de l’AG du 11 février. Si le non l’emporte, BNP Paribas sortira probablement « du jeu » mais l’impact sera limité pour la banque française car elle peut continuer son activité sans les actifs de Fortis. Une occasion sera simplement ratée pour le groupe mais le dossier devient de plus en plus compliqué et les concessions plus contraignantes.
Pour Fortis, la problématique est toute autre. En cas de rejet de l’accord, la direction devra mettre en place rapidement un nouveau plan afin d’éviter une ruée aux guichets et plonger la banque en faillite. Selon des sources de presse, la banque chercherait à s’assurer des liquidités et préparerait un plan de communication pour rassurer les épargnants et éviter toute ruée sur les dépôts. Dans ce contexte, l’idée de nationaliser Fortis sera certainement mise sur la table.